sit pretty

« Faire le beau » est-il si beau ?

 

La prise en compte croissante de la préparation physique des chiens, et surtout des chiens de sport, est une excellent nouvelle. Cela contribue à garder les chiens en bonne santé, mieux contrôler leur corps (c’est le monde merveilleux de la proprioception, ou « body awareness » pour nos amis anglophones) et aide à mieux préparer les chiens sportifs à l’effort qui leur sera demandé (pour la partie renforcement musculaire, ou « canine fitness »).

Mais si en pensant bien faire, on risquait de faire des bêtises ?

Malheureusement cela arrive plus souvent qu’on ne l’imagine, et derrière les meilleurs intentions (et la multiplication des informations non contrôlées divulguées ça et là sur internet), se cache parfois des mouvements incompatibles avec certaines morphologies de chien ou certains état de préparation (ou manques de préparation).

C’est le sujet de cet excellent article de Laurie Edge-Hughes (BScPT, MAnimSt (Animal Physiotherapy), CAFCI, CCRT…), une spécialiste de la physiothérapie canine. Et comme souvent, c’est en anglais, je vous mets à disposition la traduction en langue de Molière.

Arrêtez le « sit pretty »!

Par Laurie Edge-Hughes, Source : http://www.caninefitness.com/index.php?pid=35

Regardez la photo … c’est de ça dont on va parler. Apprendre le « sit pretty » (NDT : le « fais le beau ») à votre chien, c’est LE truc du moment dans les groupes de sports canins, d’éducation, et les groupes de tricks. On dit aux gens que c’est un bon exercice pour développer le « core », (NDT : les muscles de la ceinture abdominale). Et si cela peut permettre à votre chien de solliciter ces muscles, ça pourrait tout aussi bien faire des dégâts.
Je ne recommande pas le « Sit Pretty » en tant qu’exercice (NDT : comprendre « en tant qu’exercice de renforcement musculaire »).
Et voici pourquoi :

1. Ce n’est pas fonctionnel. Quand est-ce que cette compétence est-elle nécessaire pour un chien? Est-ce que cela correspond à un autre mouvement fonctionnel? Est-ce qu’en l’état actuel des connaissances, on peut affirmer que cela développe les muscles de la ceinture abdominale ?

Réponses : Jamais, Non, et Non.

Donc, ceux qui conseillent cet exercice et qui l’adorent, le font sur la base de ouï-dire, ou tout simplement parce qu’ils ont vu d’autres le faire et qu’ils pensent que cela peut apporter quelque chose à l’entrainement de leur chien ou à leur liste de tricks.

2. Qu’est-ce qui arrive aux facettes articulaires pendant un « Sit Pretty » ? Les facettes articulaires sont les articulations de la colonne vertébrale qui contrôlent son mouvement. À l’exception des deux premières vertèbres, chaque vertèbre est jointe à la vertèbre « au-dessus » / « en dessous » (ou « devant »/ « derrière », pour les quadrupèdes) par un ensemble de facettes et par les disques. Les facettes articulaires transfèrent la charge, permettent le mouvement, et bloquent également les mouvements indésirables.

Avant toute chose, il faut bien comprendre que les facettes articulaires, dans le dos d’un chien, sont conçues pour transférer les forces depuis les membres vers la colonne vertébrale, lorsque celui-ci est « dans une position normale pour un chien» (assis, debout, couché et mouvements directionnels). Quand un chien est en « Sit Pretty », c’est une force de 180 Newtons qui se transfère aux articulations de la colonne vertébrale. Pour comparaison, un mouvement normal de marche représente environ 107 Newtons, et la position debout environ 26 Newtons. Monter des escaliers peut atteindre près de 170 Newtons, mais c’est la position dressée sur 2 pattes qui va exercer la plus grande contrainte sur les facettes articulaires. Et il n’y a probablement aucun bénéfice à cela !

3. La conséquence de faire faire aux articulations ce qu’elles ne sont pas conçues pour faire. Il a été observé que, quand le dos d’un chien est soumis à des forces extensives, son corps va s’adapter en donnant de la liberté aux surfaces articulaires qui sont sollicitées. Chez les quadrupèdes, ce sont les vertèbres qui vont s’écarter, pour permettre plus de mouvement et de fluidité dans les jointures en extension (NDT : il existe de superbes vidéos à ce sujet pour les cavaliers qui veulent voir le phénomène sur les chevaux). Cela protège le dos d’impacts douloureux… mais cela déstabilise également la colonne vertébrale. En gros, les facettes ne vont plus bloquer le mouvement, elles vont au contraire en permettre davantage, pour s’adapter à ce qui est demandé au corps. Cela peut sembler une bonne chose à court terme. Cependant, lorsque cela se produit, cela signifie aussi davantage de contraintes, qui sont transmises à des structures qui ne devraient pas en recevoir autant (à savoir les disques, les muscles ou des petits ligaments locaux), et lorsque cela se produit, le corps doit trouver une nouvelle façon de stabiliser la zone. Et comment le corps le fait-il ? En ajoutant de l’os en plus pour stabiliser le tout (phénomène connu sous le nom de spondylose). La spondylose, c’est un pont d’os formé entre chaque vertèbre, sur leur face inférieure. Bien que je dise aux gens de ne pas être paniqués par la présence de spondylose (leur chien ne va pas être paralysé pour autant) cela signifie quand même qu’il y a une zone du dos qui devient trop rigide, et qu’en conséquence, une autre zone du dos va probablement compenser en devenant trop flexible. Et ce n’est pas non plus le « top »!

4. Le ligament iliolombaire. Le quoi ? Peut-être n’en n’avez-vous jamais entendu parler. Et votre chien non plus, pour la bonne raison … qu’il n’en a pas! Le ligament iliolombaire existe chez les humains. C’est un puissant ligament qui aide à stabiliser la jonction lombo-sacrée (essentiellement la jonction entre le bas du dos et le pelvis). Il s’agit d’un ligament qu’on trouve chez les humains et pas chez les quadrupèdes, parcequ’en tant que bipèdes, nous avons besoin de mécanismes stabilisateurs supplémentaires pour nous aider à rester debout ! On suppose que, chez les quadrupèdes, c’est le muscle Quadratus Lumborum qui aide à stabiliser la colonne vertébrale en l’absence du ligament iliolombaire. Mais chez les chiens il représente un petit muscle gracile, donc il est peu susceptible de fournir la même stabilité qu’un bon ligament bien costaud !

5. D’autres ligaments manquent à l’appel ! Une étude intéressante a été réalisée en examinant les ligaments des quadrupèdes (chiens / chevaux / rongeurs), bipèdes (humains) et pseudobipèdes (oiseaux). Les chercheurs ont découvert que tout un ensemble de ligaments (sur le côté de la vertèbre, au niveau des thoraciques) étaient absents chez tous les types de quadrupèdes pris en compte dans l’étude. Ils en ont déduit que ces ligaments supplémentaires étaient un développement spécifique pour satisfaire aux besoins mécaniques des espèces qui « se tiennent droit ». Ils ont également discuté le fait que les scolioses étaient un problème peu représentatif des affections des quadrupèdes, mais bien plus fréquent chez les humains et les oiseaux.

Pour résumer, le fait de se tenir à la verticale induit de fortes contraintes sur les facettes articulaires, une plus forte probabilité de développement de scoliose, et nécessite des ligaments additionnels. Les chiens de sont pas conçus pour passer du temps dans cette position (pas plus que les chèvres, les chevaux, les cochons… juste au cas où vous poseriez la question !).

Au final, je ne trouve aucune vertu à travailler le « sit pretty ». Ma recommandation en tant que professionnelle est donc d’arrêter de le faire, votre chien ne s’en portera pas plus mal !

Références :

1. Breit S. Functional adaptations of facet geometry in the canine thoracolumbar and lumbar spine Th10-L6). Ann Anat 184: 379-385, 2002.

2. Buttermann et al. In vivo facet joint loading of the canine lumbar spine. Spine, 17(1): 81-92, 1992.

3. Evans & deLahunta. Miller’s Anatomy of the Dog, 4th Edition. Elsevier, St Louis, MO, 2013.

4. Jiang et al. A comparison of spinal ligaments – differences between bipeds and quadrupeds. J Anat 187: 85-89, 1995.

5. Gregory et al. The canine sacroiliac joint. Preliminary study of anatomy, histopathology and biomechanics Spine 11(10): 1044-1048, 1986.

6. Woodburne & Burkel. Essentials of Human Anatomy, 8th Edition. Oxford University Press, New York, NY: 559-560, 1988.

 

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Laser in particular is extremely beneficial for tissue healing as the results of numerous studies have shown. In addition to providing pain relief, laser can encourage collagen synthesis (a building block of all tissues), improve the strength of ligaments, improve blood supply to healing structures, prevent scar tissue formation at the site of injury, as well as stimulate nerve tissue healing such as following peripheral nerve reconstruction.

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Marjorie

Auteur principal et responsable du site "Mieux Avec mon Chien"

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