lumière

Le « chien d’une vie », Johanna et la radio…

Johanna a deux chiens, Bo et Marty.

Bo, un croisé-berger, est son premier chien, elle l’aime profondément. Avec lui, elle a tout découvert. Et peu un tout essayé aussi… Il a eu la gentillesse « d’essuyer les plâtres », de passer au travers de toutes les erreurs habituelles du maitre débutant, et de ne pas trop lui en tenir rigueur (ce dont Johanna lui sera éternellement reconnaissante).

Marty, lui, est encore jeune. Un chien dynamique, exigeant, plus « compliqué » sans doute que Bo ne le sera jamais… un croisé-nordique aux instincts capricieux. Mais pourtant Johanna s’est découvert avec lui un lien très fort… plus fort qu’elle ne saurait l’exprimer. Une sorte d’évidence.

Déjà quand il était chiot, elle avait senti quelque de chose de différent avec lui. Oh bien sûr, l’expérience acquise avec Bo lui a grandement servi ! Sans doute d’ailleurs n’aurait-elle jamais abordé Marty de la même façon, si Bo n’avait pas « tracé le chemin » avant lui. Elle se dit même que jamais elle ne s’en serait sortie si Marty avait été son premier chien.

Mais cela va bien au-delà de d’une simple impression. Avec Marty, tout parait plus naturel et intuitif. La vie quotidienne, les activités, la moindre interaction, tout prend un gout différent.

Et pourtant Marty est loin d’être un chien parfait ! Indépendant, peu câlin, pas très obéissant non plus finalement. Bo est de loin un chien beaucoup plus « proche » de la vision qu’on peut se faire du chien idéal. Mais même avec ses défauts, Johanna ressent quelque chose de particulier avec Marty. Ce n’est pas juste de l’attachement, ou une « bonne » relation… C’est comme s’ils fonctionnaient sur la même longueur d’onde. Il est SON chien, d’une manière indiscutable, instinctive, viscérale. Avec lui à ses côtés, tout devient possible… Avec Bo elle a découvert, avec Marty, elle grandit.

Et cette sensation se développe encore et toujours au fil de mois…

Le « chien d’une vie »… une réalité ?

Ce que Johanna a trouvé chez Marty, c’est probablement que les anglo-saxons appellent le « once in a life time dog ». En bon français : le « chien d’une vie ». Un mythe pour certains, une réalité pour d’autres…

Tout le monde en a entendu parler. Certains l’ont même croisé, ce fameux chien avec lequel la relation est tout à fait différente, et qui d’une certaine manière, laisse une trace indélébile. En général, on le reconnait facilement tellement cela est évident. Et cela n’a rien à voir avec le niveau de capacité, de performance ou d’obéissance du chien, ni même avec le niveau de compétence du maitre…

Parfois, le « chien de votre vie » peut se cacher dans la peau d’un magnifique bâtard, sans talent apparent et sans aucun savoir vivre, qui nous fait tourner en bourrique. D’autres fois dans celle d’un chiot bien né et acheté à prix d’or pour briller sur les terrains (chose qu’il fera ou pas, indifféremment de la relation unique que vous construirez ensemble).

Pour certains il s’agit du premier chien. Ou du moins, le croient-ils jusqu’à ce qu’entre dans leur vie le chien suivant. Pour d’autres, cette petite merveille canine sera leur 2ème chien, ou le cinquième, ou le huitième.

Il n’y a pas de règle, aucun profil prédéfini, aucune sélection génétique qui rende cela possible… Parfois, un chien déboule dans votre vie et lui donne une autre saveur, c’est tout. Il est là où on ne l’attend pas, ou quand on ne s’y attend plus. La surprise est toujours au tournant.

Alors est-ce un mythe, une image idéalisée et dégoulinante de guimauve, bâtie sur un concept new-age d’âme-sœur ? Ou bien est-ce une réalité, un étrange hasard qui met sur votre route un animal qui semble câblé exactement sur la même longueur d’onde que vous… Je laisse à chacun choisir sa version.

Le fait est que ceux qui ont croisé ce genre de chien (et dont je suis) sont convaincus. Il y a des chiens avec lesquels il aura toujours un «avant», et «après», et il est difficile d’expliquer pourquoi autrement qu’en décrivant nos ressentis. C’est comme ça, tout simplement…

Lorsque le « chien de votre vie », la quitte à l’issue du chemin, il laisse un vide immense, proportionnel à l’étonnante connexion que vous aviez.

Avec l’idéalisation que l’ont fait souvent de nos chers disparus, le « chien d’une vie » entre alors carrément dans la Légende. « LE » chien, le compagnon suprême, le chien extraordinaire, que jamais plus vous ne retrouverez.

Il sera d’autant plus dur, pour le compagnon canin qui lui succèdera, de se faire une place à vos côtés. Il risque bien de ne jamais être vraiment à la hauteur, aussi parfait soit-il, et quelle que soit l’affection que vous avez pour lui… difficile de passer après une Légende !

Cela est sans doute la raison pour laquelle il se dit souvent qu’il est très rare de croiser plusieurs « chiens d’une vie ». Parce qu’on bloque le bouton de notre radio, on fige notre longueur d’onde sur celle de notre cher disparu. Autant par hommage, que par l’espoir de recroiser un jour peut-être, un chien qui soit sur la même.

Mais effectivement, il devient alors statistiquement peu probable dans ces conditions d’avoir plusieurs « chiens d’une vie »…

Au-delà mythe…

Et si on imaginait la situation sous un autre angle… Si chacun de nos chiens pouvaient être des « chiens d’une vie »… hum, impossible ?

Gardons, pour les besoins de la discussion, cette idée de « longueur d’onde ». Prenons-là au pied de la lettre, et imaginons que nous fonctionnions comme des radios (oui, je sais, des chiens aux radios il y a un monde… faites preuve d’imagination !).

Considérons la « radio » de Johanna, dont nous avons fait connaissance au début de l’article. On va dire, pour l’exemple, qu’elle émet et capte une longueur d’onde comprise entre 350KHz et 450KHz. C’est son « mode de fonctionnement normal et habituel ». Toute communication (ou interaction) qui se trouve dans cet intervalle lui paraitra parfaitement naturel.

la radio de Johanna

Inversement, tout ce qui est en dehors de cette gamme de fréquence lui demandera un effort d’adaptation d’autant plus grand qu’on s’éloignera de ses fréquences. Jusque-là, rien de compliqué…

Je pense que vous avez déjà compris le principe… La radio de Bo émet dans une gamme un peu différente (on va dire 750-900KHz). Ils se comprennent et s’apprécient au quotidien, interagissent, sont heureux de vivre ensemble. Mais il n’y a pas cet effet « d’accord parfait intuitif » entre eux.

la radio de Bo

La radio de Marty, par contre, fonctionne sur les fréquences 400-800KHz : elle recouvre en partie celles de Johanna ! Et entre eux, ça colle naturellement.

la radio de Marty

Qu’il écoute ou non, qu’il fasse des podiums ou non, que son apprentissage ou son entrainement soit plus ou moins réussi, il y a entre eux une forme de « résonance ». Et leur relation devient particulière.

Imaginons maintenant que Johanna accueille un nouveau chien… en croisant très fort les doigts pour que ce soit un autre « chien d’une vie », c’est-à-dire que sa radio émette quelque part dans la gamme 350-450KHz… Quelle est la probabilité, vu que c’est une fenêtre plutôt réduite de seulement 100Khz ? Plutôt faible…

Mais on oublie une chose essentielle… En vivant avec Marty, Johanna a énormément appris de lui. Elle a, au fur et à mesure des mois et des années, exploré toute la gamme de fréquence de son chien, en partant de celle qu’elle « captait ». C’est pour cela qu’elle a senti au fur et à mesure du temps, cette relation se développer alors qu’elle semblait déjà tellement forte.

Autrement dit, Johanna est maintenant capable d’étendre sa gamme de confort non plus de 350 à 450Khz, mais jusqu’à 800KHz !!

la nouvelle radio de Johanna

D’ailleurs elle a remarqué au bout de quelques années qu’elle « comprenait » Bo, son premier chien, plus facilement. Et que leur relation s’est approfondie d’un coup, bien au-delà d’un simple gain d’expérience sur le terrain (qui arrive quoiqu’il arrive). Bo est maintenant à la limite des fréquences « normales » de Johanna…

Quelle est alors la probabilité pour que Johanna croise un nouveau « chien d’une vie » ? Et bien du coup elle est beaucoup plus grande !! Car Johanna a appris à jouer avec le bouton de fréquence de sa radio…

Mais alors, on pourrait avoir plusieurs « chiens d’une vie » ?

Pour ma part, j’en suis intimement convaincue… J’en ai déjà moi-même croisé plusieurs en l’espace de 10 ans, et j’en ai qui vivent en ce moment même sous le même toit.

Une question de chance ? Peut-être. Une question de « radio » ? Sans doute !

Plus vous étendez vos fréquences, plus vous avez de chance que vos chiens les recoupent ! Enfin c’est une image, bien sûr… ne cherchez pas de bouton à l’arrière de votre crâne ! 😉

Parfois cependant, certains chiens vous restent inaccessibles. Oh vous serez très heureux avec, vous ne les en aimerez pas moins, mais il n’y aura pas cette petite magie entre vous qui fait cette grande différence.

Parfois vos fréquences restent trop éloignées.

Parfois, tout simplement, ce chien est destiné à être le « chien d’une vie » d’un autre membre de votre famille. Les chiens choisissent leur « maitre » au sein du foyer, et même si vous êtes l’humain qui interagit le plus avec lui au quotidien, il arrive que la petite lumière ne s’allume qu’avec votre conjoint, un de vos parents, de vos enfants, de vos frères ou sœurs.

Si vous avez ce genre de chien, un de ces mythiques et légendaires « chien d’une vie », à vos côtés en ce moment, profitez-en. Si vous l’attendez encore ou si vous en espérez un autre, restez ouverts, on ne sait jamais …

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Marjorie

Auteur principal et responsable du site "Mieux Avec mon Chien"

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